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Interview dans HARD N HEAVY de janvier 2001

Interview dans HARD N HEAVY de janvier 2001
Tu as comparé 'Holy Wood' à l'album blanc des Beatles. S'il y a des références très claires sur deux morceaux ('Disposable Teens' et 'Lamb Of God'), ne penses-tu pas que l'ensemble se rapproche tout de même nettement plus de The Wall?

MM : Beaucoup de mes
albums, 'Antichrist Superstar' notamment, ont été influencé par 'The Wall' de Pink Floyd. Non seulement parce que c'est une œuvre qui m'est chère mais aussi parce que c'est la référence, l'exemple parfait pour tout disque qui développe une histoire. Celui auquel il faut se mesurer. Je crois que cette remarque est valable. Si j'ai comparé 'Holy Wood' à l'album blanc, ce n'est pas en termes de production, de son ou de thèmes mais parce que cet album a marqué un tournant dans la carrière du groupe. Les Beatles faisaient à l'époque quelque chose de complètement différent pour eux. Il y avait beaucoup d'éléments révolutionnaires et d'ironie dedans si on prend en considération les événements qui ont suivi. Que se soit avec 'Happiness Is A Warm Gun' et l'assassinat de John Lennon, ou avec 'Helter Skelter' et les meurtres commis par Charles Manson. Ce sont ces choses auxquelles je me suis identifié. Il ne faut pas prendre cette comparaison au sens littéral. Et puis, l'album blanc est également sorti l'année de ma naissance, ce qui est, à mes yeux, significatif.

'Holy Wo
od' est un disque très cinématographique, dans le sens ou une trame dramatique sous-tend tout l'album. Si en l'écoutant on distingue clairement des moments charnières dans l'histoire, les paroles restent assez floues dans l'explication et la compréhension du concept. Ne penses-tu pas que, pour la première fois, tu te sois mieux exprimé par la musique que par les mots?

MM : Je crois que j'ai vra
iment fait un effort pour utiliser la musique de façon cinématographique parce que la dynamique des morceaux est beaucoup plus poussée que sur nos albums précédents. Le "heavy" est très populaire aujourd'hui, surtout aux États-Unis. C'est pour cela que je voulais faire une musique classieuse et de bon goût. Maintenant, quand une chanson est lourde, cela à un sens et quand une autre ne l'est pas, cela est aussi significatif. Je suppose que c'est la raison pour laquelle les textes ne sont pas très clairs. Parce que quand tu commences à vouloir raconter une histoire, tu pénètre sur un territoire qui devient presque complaisant. Et je voulais que les gens puissent apprécier une chanson en tant que telle et non pas avoir à la replacer dans un contexte. J'ai d'avantage tapi l'histoire que ne l'est énoncée. Et j'ai également fait en sorte que 'Holy Wood' se rattache à ses deux prédécesseurs afin de pouvoir recadrer le tout dans un contexte plus large.

'
Holy Wood' n'est-il pas d'avantage sombre que violent? N'est-il pas en quelque sorte le disque de la désillusion?

MM : Je suis
d'accord avec cela. La violence est le sujet principal de ce disque, mais 'Holy Wood' n'est pas aussi violent musicalment et textuellement que 'Antichrist Superstar' qui était un album sans émotion, froid et nihiliste. Ce disque ne représentait que la partie de moi la plus destructrice. 'Mechanical Animals' était l'exploration d'une autre partie de ma personnalité. Pour 'Holy Wood', je bénéficiais de ses deux cotés, auxquels est venu se greffer la rage. Columbine a rallumé le feu en moi parce que les médias ont essayé de me détruire. C'est ce qui a rammené ce sentiment de désillusion. Dorénavant, je crois que quand une chanson est violente ou furieuse, elle est beaucoup plus efficace parce qu'il y a d'avantage de réalisme et d'émotions derrière. Ce n'est plus de la violence gratuite mais une rage profonde qui la motive.

L
e concept tourne autour d'une personne qui engendre une révolution et réalise que la révolution elle-même est devenue un produit. Sachant que la plus grande part de tes textes sont authobiographique, comment te situes-tu par rapport à cela?

MM : C'est trè
s autobiographique. Pour être plus clair, 'Antichrist Superstar' était basé sur des rêves. Je rêvais de me voir dans la position de quelqu'un qui avait beaucoup de pouvoir et qui était menacé d'être détruit par ce pouvoir. Quand j'écrivais cet album, j'étais encore très loin de cette situation. J'ai senti que, d'un point de vue personnel et lyrique, cette histoire n'était pas finie pour moi. Il fallait que je me mette dans des situations extrêmes pour y arriver, que je repousse mes limites pour voir ce qui allait se passer. Musicalement je trouvais intéressant de développer l'histoire sur 3 disques. Je ne savais pas si je pourrais y arriver mais j'ai tenté de persévérer avec 'Mechanical Animals'. Fin '99, quand les médias m'ont attaqué à travers Columbine et le reste, j'ai atteint ce sommet dont j'avais rêvé à l'époque de 'Anticrist Superstar'. Je devais donc détruire ce que j'étais devenu et renaître de mes cendres en créant 'Holy Wood'. 'Holy Wood' est devenu la fin de ma création et, en même temps, le début de l'histoire. C'est un peu le serpent qui se mort la queue. C'était le disque le plus important. Et je crois que si je n'avais pas pu lealiser, j'aurais probablement arrêté la musique. J'ai pris toutes les choses négatives qui m'entouraient pour les transformer en quelque chose de positif : cet album. Cette histoire est celle de quelqu'un qui grandit et essaie de s'intégrer dans un monde qui le rejette. Cela crée en lui une amertume qu'il transforme en révolution. Ce que j'essayais de dire avec 'Mechanical Animals', c'est que certaines personnes voulaient tourner tous mes idéaux en un produit. Comme je les ai vues venir, cet album fut un commentaire sarcastique qui leur était destiné. Après avoir atteint la situation décrite sur 'Antichrist Superstar', je devais me détruire et tout recommencer. Ou il n'y aurait plus rien eu.

Cela dit, la co
nclusion reste toujours tragique puisque le "personnage" doit se tuer à la fin...

MM : On
peut le voir comme cela mais il ne s'agit pas tant de se suicider que de tuer tout ce que tu représentes. On peut considérer cela comme une tragédie ou comme un espoir. Dans le sens ou il y a une renaissance, une résurrection et toujours la possibilité de muer en quelqu'un de nouveau. C'est la seule chose qui te permette d'avancer et de survivre dans un monde comme celui-ci.me avec ces éléments tragiques, je crois que c'est quelque part une fin très positive. Pour moi, en tout cas (sourire) !

S
erait-ce la raison pour laquelle, à la fin du disque, au jeu de la roulette russe...

MM :
...il n'y a pas de dernière balle. Tout à fait.

Tu t
'es comparé à JFK ou à Lennon parce que tu dis qu'il existe la tradition de "tuer le roi" (d'où le titre 'Kill King 33°'). Te considérerais-tu comme le nouveau roi du rock'n'roll?

MM : Je crois que
cela serait un peu trop glorifiant et prétentieux de ma part de me mettre au même rang que le Christ, Kennedy et Lennon. Mais j'ai trouvé des parallèles entre leurs vies et la mienne. J'ai essayé d'apprendre de leurs erreurs et de ce qu'ils ont essayé de faire. Si l'on considère 'Holy Wood' en tant que tel, sans prendre en compte les 2 disques précédents, le propos est assez simple. Il s'agit de prendre conscience du fait qu'on ne peut pas changer le monde, seulement se changer soi-même. Je pense que c'est ce que le Christ, Kennedy et Lennon ont compris à travers leurs morts respectives. Je suis parti de là pour mettre un frein à l'évolution de l'homme. Parce qu'il est dans sa nature d'être violent et de tuer le roi. J'essaie simplement d'échapper à ce processus.

Tu as récemmen
t exprimé ta sympathie pour le rappeur Eminem. Pourtant, vos approches, toutes deux radicales, sont très différentes. Eminem critique violemment son public et s'attaque à des cibles faciles tandis que tu choisis des sujets difficiles (la religion, les médias, la politique) et brosses tes fans dans le sens du poil. N'est-ce pas l'exemple parfait que tu as toujours fait entre "choquer" et "provoquer"?

M
M : C'est une bonne façon de voir les choses mais je pense que le succès d'Eminem n'est pas dû qu'au seul fait qu'il soit choquant. Il est talentueux et ses chansons, toutes offensives qu'elles sont pour certaines personnes, sont intelligentes et très bien construites. Et je ne pense pas que son second album aurait eu autant de succès si Eminem n'était pas bon dans son travail. La question n'est pas d'apprécier ou de partager ses opinions, mais de respecter le fait qu'il en ait de fortes. C'est ce que j'aime chez lui. Le fait qu'il ait le courage de dire et de faire ce qu'il fait. C'est bon de voir quelqu'un d'autre reprendre le flambeau que j'avais moi-même repris dans le passé. Parce qu'il y a très peu de personnes qui osent faire ce genre de choses.

Penses-
tu qu'un jour tu oseras critiquer tes fans comme il le fait?

MM : Son
point de vue est intéressant et j'approuve certains de ses propos. Les gens oublient souvent de respecter la vie privée des célébrités. Je crois que c'est quelque chose que tu dois sacrifier si tu veux être dans cette position de star. Pour moi, les choses sont assez différentes. Après avoir été attaqué si violemment, à un point ou je pensais que plus personne n'était à mes côtés, seuls les fans m'ont soutenu. Tout le monde voulait ma peau, me voir tomber pour quelque chose dont je n'étais pas responsable. Et j'ai gagné un nouvel enthousiasme et un véritable respect pour des petites choses que je ne considère plus comme acquises. Je suis très heureux que l'on vienne me voir en me félicitant pour 'Holy Wood'. Et je ne dis pas cela dans le but de flatter mes fans pour qu'ils achètent mes disques et plus de T-shirts. Je suis réellement reconnaissant qu'ils me soutiennent. J'ai vraiment l'impression que nous faisons partie de lame équipe.

Pourtant, que
penses-tu de ceux qui répètent aveuglement le slogan "We hate love, we love hate" lors de ta parodie d'un meeting fasciste? Sans être eux-mêmes fascistes, n'est-ce pas un peu effrayant de voir que la plupart d'entre eux ont le potentiel de l'être?

MM : Je cr
ois que cela va beaucoup plus loin que ça et qu'il faut remettre ce slogan dans un contexte plus large. Le show auquel tu as assisté ce soir consistait d'avantage en un satire du communisme mais, dans le passé, quand je faisais cette parodie du fascisme, je crois que ce que je préfèrais était exactement ce que tu as souligné. Je menais un groupe de personnes en me moquant du fascisme et, en même temps, elles nourrissaient exactement ce qu'est le fascisme. Pour moi, c'était un commentaire sur le rock'n'roll. Dire que le rock'n'roll est aussi néfaste que les choses contre lesquels il se bat. En prenant du recul et en observant les évènements, en dehors de cette performance, on se rend compte qu'il ne s'agit pas d'exploiter les gens mais les faire prendre part à quelque chose dont ils sont conscients ou pas. Pour moi c'est un peu comme une expérience scientifique. J'ai toujours apprécié le phénomène sous cet angle (sourire).

As-tu lu des ouvrages sur la manipulation des foules?

MM :
Pas vraiment. J'ai lu beaucoup de choses sur le symbolisme mais en ce qui concerne la manipulation des foules, je pense que cela remonte à l'époque où Jules César levait les bras et rendait la foule hystérique. Il y a quelque chose de magique et de très puissant qui se passe entre un leader et son auditoire. Je le comprends et l'apprécies, contrairement à beaucoup de personnes immatures qui deviennent du coup dangereuses. Woodstock '99 en est, à ce titre, une bonne représentation. Certains groupes ont soulevé la foule d'une manière qu'ils ne pouvaient pas contrôler et cela a tourné à la catastrophe (plusieurs viols et un incendie-ndr). C'est ce qui fait toute la différence. Quand tu es dans une position comme celle-ci, il ne s'agit pas de manipulation. Il s'agit de déclencher une tornade dans un immeuble et d'être capable de l'empêcher de sortir des murs. Mes concerts ne sont rien d'autre qu'un chaos contrôlé.

Pour beaucoup, tu apparais comme quelqu'un de froid
et manipulateur. Comment convaincre les gens de la sincérité de ton travail?

MM : Je ne ressens pas vraiment le besoin de convaicre qui q
ue ce soit. Beaucoup de choses que je fais parle d'elles-mêmes. Ce que je fais est vraiment extrême, ce qui déclenche un sentiment d'amour ou de haine profond. Les deux réactions ont autant de valeur à mes yeux. Je n'ai vraiment pas envie de me vendre à quelqu'un et de le convaincre qu'il doit m'aimer pour telle ou telle raison. Je sais que je suis sincère et que je suis parfois très hypocrite dans mon manque de sincérité. Parce qu'il y a, de manière très claire, beaucoup de sarcasme dans ce que je fais, je ne me prends pas totalement au sérieux. Sinon, je ne serais qu'une parodie de moi-même.

La pochette de 'Holy Wood
' a été interdite aux États-Unis. Comment expliques-tu que, de façon systématique, tout ce que tu fais choque les américains?

MM : Les amér
icains ont un sens de l'ironie très peu développé (sourire). Mais je suis très heureux que les choses se soient passées ainsi pour cet album, parce que mon but, en combinant mon visage à la posture du Christ, était de montrer que cette image, tout comme l'industrie des loisirs peut être considérée comme violente et sexuelle. Les gens ont vu cette pochette, l'ont trouvé offensive et l'ont censurée. Ils m'ont donné raison. Cela fait des années que je me bats contre la religion et, pour 'Holy Wood', j'ai voulu approcher le sujet de manière différente. J'ai essayé de parler de l'évolution et d'analyser pourquoi l'homme se comporte comme il le fait. Je suis remonté jusqu'au commencement et ai essayé de raconter l'histoire du Christ d'une autre façon, en disant qu'il a été la première célébrité et que toute l'industrie du divertissement repose sur la religion. Jésus a été le premier homme célèbre à être exploité, vendu comme un produit et mort pour ses opinions dangereuses. Vu sous cet angle, c'est un personnage auquel je peux m'identifier maintenant alors que, dans le passé, je ne voulais pas en entendre parler. C'est important pour moi de garder l'esprit ouvert et de regarder les choses d'une autre manière.

Provoquer les gens est-il une
démarche délibérée ou une expression naturelle de ta personnalité?

MM
: Être provoquant est ma seconde nature. Je ne résonne pas de la même façon que les conservateurs. Mais j'essaie aussi de pousser les gens à réévaluer les choses en lesquelles ils croient, de les faire s'interroger sur les raisons qui les conduisent à penser comme ils le font.

L
'année dernière, alors que tu étais en train décrire 'Holy Wood', tu as sorti l'album live 'The Last Tour On Earth' et la video 'God Is In The TV'. Cette année, tu sors ton album, puis le livre qui l'accompagne et peut-être le film qui l'illustre. Est-ce une façon pour toi de toujours occuper le terrain afin de ne pas être oublié? Dans le fond, est-ce que ta plus grande peur n'est pas de devenir "l'anonyme pitoyable" que tu décris dans l'une de tes chansons ('Target Audience')?

MM
: (rires) Je suppose effectivement que je ne veux pas que les gens m'oublient. Mais il s'agit plutôt que je ressens l'envie de toujours créer. Peindre un tableau, écrire une chanson, réaliser une video ou prendre des photographies font parties des choses qui me rendent heureux et dont je ne pourrais pas me passer. Je ne me définirais pas comme un drogué du travail parce que je ne considère pas ce que je fais comme du travail mais comme ma façon d'être et de communiquer. Je ne suis pas le genre de personnes qui supporte le temps libre. Je ne saurais pas quoi faire si je prenais un jour de repos. Je me réalise en faisant toutes ces choses. Mon travail n'est que le reflet de ce que je suis.

# Posté le samedi 29 mars 2008 07:31

Modifié le dimanche 27 avril 2008 06:33

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